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Communiqué de la Libre pensée nationale

Constitution européenne : La Libre Pensée réaffirme son opposition

La Conférence Intergouvernementale (CIG) des 17 et 18 juin 2004 a entériné le projet de traité institutionnel de l'Union européenne. Ce projet est soumis à la ratification des 25 pays qui composent actuellement l'Union européenne.

A la lueur des élections du Parlement européen du 13 juin 2004, force est de constater que les électeurs ont manifesté un rejet massif du rôle et de la politique des institutions de l'Union européenne par l'immense majorité des peuples et des nations. Comment ne pas constater, en effet, que ce projet de constitution est le produit conjoint des volontés du capitalisme, de la spéculation et des désirs du Vatican ?

Chaque jour, les directives européennes tendent à détruire tout ce que la démocratie et le mouvement ouvrier indépendant ont pu arracher pour défendre les droits des citoyens et des salariés dans les différents pays. On le voit clairement en matière de services publics et de régimes de protection sociale collective.

Malgré l'appel à voter de la récente déclaration de la Commission des Épiscopats catholiques de la Communauté européenne qui, en date du 13 juin 2004, avait indiqué : « les élections européennes ne doivent pas être considérées comme un test de popularité pour nos gouvernements nationaux », force est de constater que les peuples ne l'ont pas entendu de cette oreille et ont manifesté de manière très significative leur opposition à la construction de l'Union européenne et à la politique européenne des différents gouvernements.

Dans cette déclaration, la conférence européenne des évêques catholiques réclamait un plébiscite du principe catholique de subsidiarité : « Le Parlement européen est à la fois l'expression de l'unité et de la diversité de l'Union. Comment ses membres favoriseront-ils le développement d'une véritable démocratie européenne, tout en respectant simultanément la diversité sociale, culturelle et politique de l'Union ainsi que le principe de subsidiarité ? » Les salariés exploités de force, sans droits ni garanties dans un grand nombre de pays, apprécieront, sans doute, le « respect de la diversité sociale » chère aux évêques.

La Libre Pensée rappelle que le principe de subsidiarité, fondement de la doctrine sociale de l'Église catholique, a été notamment clairement explicité dans l'encyclique Quadragesimo anno, en 1931, comme moyen de l'organisation corporatiste et fasciste de l'Italie mussolinienne. Ce principe est antirépublicain, il ne vise qu'à conférer aux « corps inférieurs » les attributs des services publics. Ainsi, le Parlement européen sur son site Internet officiel donne la définition suivante : « La signification et la finalité générales du principe de subsidiarité résident dans l'octroi d'un certain degré d'indépendance à une autorité SUBORDONNÉE vis-à-vis d'une autorité de niveau supérieur, notamment d'une autorité locale envers le pouvoir central ». En clair, la subsidiarité, c'est la subordination et l'obéissance à des décisions prises par une autorité en haut et appliquées en bas.

C'est au nom de ce principe que nous assistons à une vague grandissante de privatisation des services publics et des régimes de protection sociale collective pour confier leurs missions à la sphère marchande. La Libre Pensée ne peut donc que se réjouir du rejet de ce principe manifesté lors des élections du Parlement européen.

L'absence de référence directe au christianisme (référence contenue dans la majorité des constitutions des pays européens) dans le préambule constitutionnel ne doit pas masquer l'essentiel : l'affirmation du rôle des religions dans la construction européenne. Ainsi la conférence des évêques catholiques indiquait clairement : « Le besoin de dialogue entre les religions, les institutions politiques et la société civile s'avère plus évident que jamais. Que fera le nouveau Parlement afin d'engager un dialogue qui reconnaisse l'identité spécifique et la contribution des communautés religieuses à la société dans son ensemble ? »

L'article 46 qui confère cette « contribution » à la société civile (ONG, patronats et Églises) est réaffirmé « spécifiquement » pour les seules religions dans le troisième paragraphe de l'article 51. La Libre Pensée ne peut donc que condamner le troisième paragraphe de l'article 51, mais elle considère que refuser ce paragraphe sans condamner l'article 46 ne vise qu'à accepter, dans les faits, la constitution de l'Europe vaticane.

Pour la Fédération nationale de la Libre Pensée, le cléricalisme triomphant, revendiqué par le Vatican et l'Union européenne, est tout entier contenu dans le premier paragraphe de l'article 51 qui stipule : « L'Union respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les Églises et les associations ou communautés religieuses dans les États membres ». En clair, toutes les situations particulières (Concordats, Statut d'exception d'Alsace Moselle, Décrets Mandel de 1939 pour les TOM, Religions officielles, Églises officielles, impôts d'Église et délits de blasphème) feront désormais partie intégrante de la constitution européenne.

Alors que les peuples rejettent de manière croissante l'emprise étouffante du cléricalisme et revendiquent l'application de la laïcité, la constitution européenne assure aux religions une rente perpétuelle de situation. Le premier paragraphe de l'article 51 est l'expression la plus claire de la nature cléricale de la constitution européenne.

La Fédération nationale de la Libre Pensée considère que le projet de constitution européenne, adopté par la CIG du 18 juin 2004, tourne le dos à la défense de la République et de son principe d'égalité des citoyens. Il récuse la démocratie par le principe de subsidiarité qui interdit aux peuples le libre choix de leurs destins. La constitution européenne perpétue, par l'article 51, un cléricalisme institutionnalisé contre la liberté de conscience des citoyens.

C'est pourquoi, la Libre Pensée réaffirme sa proposition aux associations libres penseuses, laïques, humanistes et rationalistes de toute l'Europe, d'une manifestation internationale à Bruxelles :
- Pour la séparation des Églises et des États !
- Pour la laïcité en Europe !
- Pour dire NON à la « constitution » européenne !

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