2.5.14

Discours du 1er mai de la Libre pensée au mur des fédérés à Paris


Vive la Commune de Paris !

Amis, Citoyens, Compagnons, Camarades,

La Fédération nationale de la Libre Pensée a toujours été partie prenante du mouvement ouvrier et démocratique. C’est donc tout naturellement qu’elle est présente au Mur des Fédérés de la Commune de Paris tous les 1er mai.

Tous les 1er mai, sauf, bien sûr, pendant les années sombres de l’occupation nazie où, à l’instar des syndicats ouvriers, elle fut interdite par les réactionnaires du Régime de Vichy.

Dans la nuit noire du totalitarisme, beaucoup des nôtres furent fusillés. C’est une constante des dictatures, on fusille à tout va.

Chacun connaît le combat tenace de la Libre Pensée pour la réhabilitation des 650 Fusillés pour l’exemple de la Première Guerre mondiale, combat mené avec une force exemplaire par notre Président Marc Blondel qui nous a quitté par ce triste dimanche du 16 mars 2014. Ce rassemblement est aussi un hommage que nous lui devions.

Les exécutions sommaires, les fusillades pour l’exemple ne sont, malheureusement, pas l’apanage de la Première Guerre mondiale. Lors de la Commune de Paris, la barbarie joua aussi à plein.

Le colonel Louis Rossel, seul officier supérieur à s’être engagé dans la Commune, fut fusillé pour l’exemple par les sbires de Thiers. Il avait prédit un peu avant son exécution : " Si, avant peu, vous n’avez pas refait l’armée, c’est l’armée qui défera la République. »

Voici ce qu’il déclara ensuite : « Quelle faute à ceux qui me tueront ! Une fois mort, je suis inattaquable. La mort est mon triomphe ; j’ai rompu ce lien trompeur qui attache le soldat à ses chefs même traîtres et  infâmes. J’ai prouvé qu’on pouvait briser ce joug avec honneur. Si  des officiers courageux et patriotes se courbaient devant des exigences indignes, acceptaient la fuite, la capitulation, la guerre civile envers et contre tous, ce n’était pas par crainte de  la mort, mais par crainte du déshonneur. Vous n’avez plus désormais  cette ressource : j’aurai appris à tous qu’il y a des jours où un  soldat discipliné et fidèle doit désobéir et peut désobéir sans se  dégrader. »

Son exécution fut parfaitement illégale. Mais, aux dires de Thiers : « il fallait bien faire un exemple ». Alors que Louis Rossel était colonel, il refusa la Légion d’Honneur… Il faut dire qu’il ne voulait pas être en mauvaise compagnie. Voici ce qu’il pensait des hauts gradés de l’État-Major, " Cette vaste association d’incapables qui occupe les grades élevés." "À Metz, je n’ai pas tardé à reconnaître l’incapacité absolue de nos chefs, généraux et états-majors, incapacité sans remède, confessée par toute l’armée, et, comme j’ai l’habitude de pousser les déductions jusqu’au bout, je rêvais, avant même la bataille du 14 août, aux moyens d’expulser toute cette clique. »

C’était un républicain jusqu’au bout de son être et aussi protestant libéral. Voici encore deux citations pour illustrer le personnage :

1-  "Lorsque la bourgeoisie instruite a fait la Révolution de 1789, elle ne l’a pas faite toute seule. Elle a appelé le paysan pour brûler les châteaux et l’ouvrier pour abattre les bastilles. L’ouvrier a fait sa besogne : aujourd’hui il réclame son salaire. Complices de la Révolution, partagez-en avec eux le bénéfice."

2- “Qu’ont fait les classes gouvernantes de la société française en faveur des pauvres ? Qu’ont-elles fait pour rendre les impôts moins lourds à ceux qui gagnent moins, pour faire la part à peu près égale à tout le monde dans l’immense développement de la richesse publique ? »

Poser la question, c’était y répondre.

Il fut fusillé pour l’exemple. Puis ensuite, des dizaines et des dizaines furent exécutés à l’endroit où nous sommes lors de la Semaine sanglante.

Des années plus tard, le grand Jaurès fut lui aussi exécuté pour l’exemple pour ouvrir la voie à la boucherie impérialiste qui fit plus de 10 millions de morts en 1914-1918.

Il fallait aux impérialistes, aux réactionnaires, aux cléricaux marcher sur le cadavre de Jean Jaurès pour déclencher le grand massacre.

Mais comme le disait Victor Hugo à propos de la Commune de Paris : « Le cadavre était à terre, mais l’idée était toujours debout ». C’est ce que signifie notre présence commune ici aujourd’hui.

Comment ne pas citer la Complainte du Fusillé de  Jacques Prévert : " Ils m’ont tiré au mauvais sort, par pitié. J'étais mauvaise cible. Le ciel était si bleu. Ils ont levés les yeux en invoquant leur dieu. Et celui qui s'est approché seul, sans se hâter, tout comme eux, à la grâce des morts, à la grâce de dieu. Ils m'ont tiré au mauvais sort, par les pieds et m'ont jeté dans la charrette des morts, des morts tirés des rangs, des rangs de leur vivant, numérotés, leur vivant hostile à la mort. Et je suis près d’eux, vivant encore un peu, tuant le temps de mon mal, tuant le temps de mon mieux "



Amis, Citoyens, Compagnons, Camarades,

Le 2 avril 1871, la Commune de Paris décidera de la deuxième Séparation des Églises et de l’État et aussi de la laïcité de l’École publique. Dans un vaste mouvement de laïcisation, elle fit décrocher les crucifix des locaux scolaires, laïcisa le personnel de l’enseignement,  les programmes scolaires et, dans le même temps, elle supprima le Budget des Cultes.

La Laïcité, c’est l’émancipation de l’Humanité. La Commune de Paris entreprit de mettre en œuvre tout un dispositif de droits sociaux comme jamais aucun peuple dans l’Histoire n’avait osé le faire.

L’Égalité sociale n’était plus un rêve, elle devenait la réalité. La Liberté était à chaque acte, la Fraternité visible à tout moment. La Démocratie était présente dans toutes les réunions. Et ce, parce que la Laïcité, la pleine et absolue liberté de conscience, coulait dans le sang de la Commune et des Communards.

Les prolétaires sont montés à l’assaut du ciel